Skip to content

Bienvenue 

Vous estes sur le site de l'association Autour des Nielles dont le sigle est ADN.

Restons en contact :

Courriel : contact@autourdesnielles.org
Téléphone : +33 6 52 31 56 61
Adresse : 3 rue du Dauphin - 35400 SAINT-MALO, France

Non au bétonnage de notre côte et préservons la biodiversité !

Le projet dépasse de 5m
+33 (0)6 52 31 56 61 Autour Des Nielles - 3 rue du Dauphin - 35400 SAINT-MALO - France

Article Libération par Anaïs Moran, publié le 15/10/2025

Partager sur :

Bretagne : à Saint-Malo, des hirondelles s’allient aux riverains contre un projet de thalasso mégalo

Par Anaïs Moran envoyée spéciale à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) – Publié le 15/10/2025 à 11h13

Un groupe hôtelier ambitionne depuis cinq ans de construire un établissement de luxe à flanc de falaise dans la cité corsaire. Le futur complexe, qui suscite l’opposition d’habitants et d’associations écologistes, a été validé par la justice mais l’arrivée d’hirondelles nichant dans la roche pourrait interrompre le chantier.

Photo falaise des Nielles . (Quentin Bonadé Vernault/Libération)

La falaise des Nielles et de la plage du Minihic, à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), le 25 juin 2020. (Quentin Bonadé Vernault/Libération)

L’histoire des Nielles est de celles qui constellent le littoral français d’aujourd’hui. Celles qui interrogent alors que 20 % des façades maritimes du pays sont touchées par l’érosion et que 30 km² de terres ont disparu en l’espace de cinquante ans en raison du recul du trait de côte. Celles qui divisent, et font parler, puisqu’il est question ici de choix et de vision pour l’avenir local dans un monde qui se réchauffe. Le décor : Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), un rivage apaisant, des bleus sublimes, une houle parfois terrifiante, un projet d’hôtel de luxe en bordure de falaise, avec thalasso enchâssée dans la roche granitique, des riverains mécontents, des associations qui luttent. La saga dure depuis une décennie.

Le site de la discorde surplombe d’une vingtaine de mètres la plage du Minihic, havre de tranquillité dans cette station balnéaire prisée. Aujourd’hui, c’est une friche de verdure aux herbes hautes et bosquets mal taillés, vestige du camping municipal des Nielles, fermé définitivement il y a dix ans. En 2015, la municipalité malouine a lancé un appel à projet pour donner une nouvelle vie à la parcelle, lequel s’est soldé en 2020 par l’octroi d’un permis de construire à l’entreprise familiale Raulic, l’une des plus importantes employeuses de la ville, connue notamment pour tenir le célèbre spa des Thermes Marins.

Le groupe a raflé la mise en promettant de bâtir un complexe touristique huppé, pour un investissement global de l’ordre de 90 millions d’euros. «Notre ville a la chance de compter sur un chef d’entreprise profondément attaché à son territoire, qui permet de rendre notre région attractive», s’enthousiasme auprès de Libération Gilles Lurton, le maire centre droit de Saint-Malo, 47 000 habitants.

Carte journal Libération

Cécile Derenne, propriétaire d’une maison attenante au terrain, a reçu un courrier en septembre l’informant que les travaux devraient débuter au cours du deuxième trimestre 2026. Elle fait partie de l’association des opposants au projet Autour des Nielles (ADN). «Dans notre quartier, cet espace est l’un des derniers non urbanisés sur le front de mer, et la meilleure idée qu’ils trouvent à faire, c’est d’abîmer ce bout de nature pour construire et bétonner encore, tout cela pour attirer une clientèle aisée, regrette-t-elle. Penser l’aménagement du territoire de cette manière, en oubliant le changement climatique et l’importance de préserver la nature, me paraît à 100 % anachronique.»

Le groupe Raulic se plaît à présenter son futur complexe comme un ensemble immobilier de «haute qualité, écoresponsable et générateur d’emploi» pour la ville. L’ambition de la famille : «Créer un vrai pôle d’activités et d’attractivité» dans le quartier chic et pavillonnaire de Paramé, à quatre kilomètres de Saint-Malo intra-muros et de ses remparts, là où les flots échappent aux brise-lames et aux digues. Le projet prévoit deux hôtels de luxe de 91 et 60 chambres, une résidence haut de gamme de 25 logements, un centre de thalasso et une «école de formation aux métiers du bien-être». Le tout sur une surface de plancher de 15 781 mètres carrés. Les travaux à venir impliquent de creuser dans la falaise afin d’aménager en sous-sol un parking, une piscine, des terrasses, et trois niveaux d’espace nuit. L’excavation atteindrait une dizaine de mètres de profondeur dans la roche.

«Le projet donne l’illusion que l’on peut continuer de construire sans limites sur le littoral, tacle Françoise Guilloret, présidente de l’association Dinard Côte d’Emeraude Environnement. Saint-Malo se protège déjà derrière un système d’endiguement pour faire face aux assauts de la mer. Son avenir est menacé par des risques de submersion marine et d’érosion côtière liées au changement climatique. Pourquoi s’obstiner à raisonner comme autrefois alors que la donne a changé ?»

«Choix court-termistes»

Son association et ADN ont choisi de porter l’affaire en justice il y a cinq ans. En 2022, le tribunal administratif de Rennes a suivi leurs recours et annulé l’arrêté municipal ayant délivré le permis de construire à la société Raulic – principalement pour des «vices» entachant le document. L’entreprise a contesté la décision, et en 2024, la cour administrative d’appel de Nantes lui a donné raison en rétablissant le feu vert pour les travaux. Le contentieux a fini devant le Conseil d’Etat, qui a rejeté le pourvoi des associations en juillet, et rendu, de fait, la décision de Nantes définitive.

«Le permis de construire a été validé, cette initiative est d’intérêt général. Il existe, certes, certains opposants mais aussi beaucoup de partisans dont personne ne parle, défend Olivier Raulic, directeur général du groupe du même nom. C’est un beau projet de tourisme durable, qui intègre des matériaux biosourcés, des façades végétalisées, un système de thalassothermie [pompe à chaleur utilisant l’eau de mer, ndlr], avec une connotation bas carbone car on peut s’y rendre en TGV. Cela va créer 225 emplois indirects dans la région et 150 à 200 emplois directs à l’année sur le site», vante-t-il. Avant d’ajouter : «Ce n’est pas parce qu’on est en bordure du littoral qu’on n’a pas le droit de se développer.»

Projection 3D du projet d'hôtel de luxe aux Nielles, à Saint-Malo. (Atelier LOYER Architectes)

Projection 3D du projet d’hôtel de luxe aux Nielles, à Saint-Malo. (Atelier LOYER Architectes)

«Légal ne veut pas dire légitime, rétorque Jean-Luc Villette, membre fondateur de l’association Autour des Nielles. Ce projet est une fuite en avant. Nous continuerons la lutte jusqu’à ce que la commune comprenne que les choix court-termistes, ceux qui misent sur l’économie balnéaire d’hier au détriment d’une vraie adaptation aux défis futurs, sont tout simplement les choix de l’impasse.»

La vulnérabilité de la falaise est au cœur des préoccupations des opposants au complexe hôtelier. Raulic a su convaincre la cour administrative d’appel que la réalisation des travaux n’allait ni «accélérer» ni «aggraver le phénomène d’érosion» grâce à une technique alternative à l’extraction par arrachage, envisagée pour creuser dans la roche. Mais les opposants au projet n’en sont pas pour autant rassurés. En 2021, face à «l’éboulement d’une partie de la falaise» et le «risque potentiel d’un nouvel effondrement» précisément au niveau de l’ancien camping et de ses alentours, la mairie de Saint-Malo avait pris un arrêté enjoignant notamment les riverains vivant à flanc de paroi d’installer des filets de protection, à la verticale, jusqu’à la plage. L’arrêté est toujours en vigueur.

«La justice a estimé que l’artificialisation du terrain ne devrait pas, en l’état, accentuer les éboulements car ils proviennent de causes naturelles, principalement de l’action de la mer, souligne Benoist Busson, l’avocat d’ADN. Mais parlons-en de cette mer. La montée de son niveau, liée au changement climatique, va faire reculer le trait de côte, éroder la falaise, et la rendre de plus en plus fragile !»

Saint-Malo menacé par la submersion marine

Quatre ans après l’adoption de la loi «climat et résilience», Saint-Malo n’a toujours pas réalisé sa «carte locale d’exposition au recul du trait de côte» à court terme (d’ici trente ans) et moyen terme (entre trente et cent ans), comme environ 310 communes du littoral français sont tenues de la produire et de l’intégrer au plan local d’urbanisme entre 2026 et 2028. Mercredi 8 octobre, les autorités locales ont organisé une réunion publique pour informer que cette analyse détaillée ne serait pas prête avant fin 2026.

En Bretagne, l’Ille-et-Vilaine n’est toutefois pas le département le plus touché par le recul du trait de côte. Et Saint-Malo semble avant tout menacé par les risques de submersion marine, compte tenu de ses 450 hectares de territoire communal situés sous le niveau de la mer (environ 25 000 habitants directement concernés). Il n’en reste pas moins que l’érosion côtière est une réalité. Selon les premiers éléments fournis à titre indicatif par les cartes nationales du Centre d’études et d’expertises sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), l’évolution du trait de côte au niveau de la zone du projet des Nielles est actuellement «non perceptible»mais sa ligne pourrait reculer d’une dizaine de mètres en cas de phénomènes majeurs tels qu’une grosse tempête.

Témoignages

Erosion côtière: «C’est un choc de voir que la montée des eaux touche la France»

 

«L’élévation du niveau de la mer devrait dépasser un mètre d’ici 2100 en France métropolitaine», rappelle Barbara Leroy, responsable de la stratégie mer et littoral au Cerema. «Sous l’effet du changement climatique, les épisodes extrêmes vont par ailleurs se multiplier, les dépressions s’accentuer, la houle s’intensifier, ce qui va créer des surcotes [marée d’une ampleur plus importante que prévu, ndlr], développe-t-elle. Ces surcotes sont mal appréhendées. Or, conjointement à l’augmentation du niveau de la mer, elles seront responsables dans le futur des assauts répétés aussi bien sur les ouvrages de protection, que sur les dunes et les falaises…»

L’enjeu de la carte est pourtant énorme : tout terrain qui figurera formellement dans le zonage d’exposition de ces trois prochaines décennies sera, à terme, inconstructible. «Si ce projet d’hôtel était instruit aujourd’hui, serait-il vraiment envisageable ? Et que se passera-t-il si à la publication de cette carte, on comprend que son emplacement se situe finalement en zone exposée à l’érosion ? interroge le juriste Laurent Bordereaux, professeur en droit des zones côtières à l’université de La Rochelle. Il n’y a rien d’illégal, aujourd’hui, car la carte n’existe pas et que le législateur laisse une certaine souplesse aux communes quant au calendrier de publication de ce document. Mais cette période de transition joue en faveur de ce projet qui n’aurait peut-être jamais vu le jour sous l’empire de la loi climat et résilience…»

Invitées surprises

Si le temps semble jouer pour les Raulic, un nouvel élément pourrait rallumer le bras de fer judiciaire. Cet été, des invitées surprises ont pris leurs quartiers sur le lieu du litige, et cela pourrait bien tout bouleverser. Leur nom : hirondelles de rivage. Leur particularité : être classées «espèce protégée» en France. Ainsi, un arrêté interdit strictement «l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos» de ce passereau migrateur.

L’oiseau a été repéré par des habitants à la mi-juin et signalé à Bretagne vivante, association de référence dans la région en matière de protection de la biodiversité et de conservation des espèces protégées. L’ONG a relevé, en juillet et en août, la présence de douze galeries creusées par les hirondelles, dont cinq nids encore actifs, dans la falaise des Nielles. Lentement grignotée à ses pieds au fil des grandes marées, cette dernière s’est effritée et a fini par mettre à nu des parois de terre et de sable, faciles à creuser, dans lesquelles les oiseaux ont choisi de s’installer… depuis cet été. «Ces nids sont assurément très peu en dessous de la limite basse d’excavation du projet, exposent les experts de l’association dans un rapport d’inspection, qui signalent un écart d’une cinquantaine de centimètres seulement. Ils se trouvent, en outre, à un ou deux mètres de la descente des eaux pluviales vers la plage, dont la réalisation [prévue pour le complexe hôtelier, ndlr] les affectera immanquablement», alertent-ils.

L'hirondelle de rivage. (Dominique Delfino/Hemis. AFP)

L’hirondelle de rivage. (Dominique Delfino/Hemis. AFP)

Le 1er septembre, les associations Autour des Nielles et Dinard Côte d’Emeraude Environnement ont envoyé, par voie d’huissier, une synthèse de ce document à la sous-préfecture, à la municipalité, et à l’entreprise Raulic. Dans leur courrier, elles demandent à la société de « renoncer à toutes activités, tous travaux, aménagements […] qui pourraient avoir des effets directs ou indirects sur les espèces actuelles présentes», ou sinon «de déposer » devant les services de l’Etat «une demande de dérogation » pour pouvoir lancer le projet.

« Les hirondelles pourraient renverser la situation, analyse Dorian Guinard, maître de conférences en droit public à l’université Grenoble Alpes. Une dérogation de la préfecture ne peut être envisagée qu’après la réalisation par le pétitionnaire d’une étude d’impact pour évaluer la situation.» Et si confirmation de la présence de ces oiseaux de rivage il y a, si leurs habitats ou si des spécimens risquent d’être détruits, obtenir cette dérogation pourrait devenir tâche ardue pour l’entreprise familiale. «Ça ne manque pas de sel de voir que les éboulements de la falaise, insuffisamment pris en compte dans ce dossier jusqu’à présent, pourraient tout de même revenir au cœur des débats sur la possible interdiction du projet, commente le juriste. La nature va se rappeler de plus en plus souvent à nous.»

Interrogé sur ce point, Olivier Raulic assure qu’il « n’y a pas lieu d’avoir de dérogation » car « l’emprise du projet n’empiète pas sur la présence » des passereaux. Les services de l’Etat, eux, se sont contentés de déclarer à Libération que « tout au long de ces années de procédures, l’Etat a toujours veillé au respect de la réglementation et continuera de veiller à celui-ci». Sans réponse de la sous-préfecture aux courriers des associations avant début novembre, ces dernières seront en droit de se tourner de nouveau vers la justice administrative, avec l’espoir que les hirondelles deviennent leurs alliées inattendues pour sauver les Nielles.

L’association ADN remercie le journal Libération et sa journaliste, madame Anaïs Moran, de ce présent article publié le 15/10/2025.

Back To Top
logo ADN Cookie Notice
Résumé de la politique de confidentialité

Le site de l'association Autour Des Nielles (ADN) utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.